Connexion utilisateur
Bulletin électronique

Inscrivez vous à notre bulletin

* indicates required





Email Format

Vous êtes ici

Accueil » Nous » Nos réflexions

Opinion: Service de garde et religion, les nouvelles mesures de la Charte des valeurs ratent la cible …


Le projet de Charte des valeurs québécoises vient enfin d’être « dévoilé » et confirme l’inclusion des CPE parmi les institutions « parapubliques[i] » qui devront s’y conformer strictement. La déconfessionnalisation du réseau des services de garde subventionnés s’accélère. Le chemin parcouru parait bien grand depuis une dizaine d’années. Faut-il s’en réjouir ? Ne va-t-on pas trop loin ? Atteint-on la bonne cible ?

En 2005, une Ministre de la Famille, Carole Théberge en l’occurrence, n’hésitait pas à contourner les critères de l’attribution des agréments de bureau coordonnateur pour ménager un territoire au profit des intérêts d’une communauté religieuse. Je fais référence ici au cas du BC Gan unifié qui avait pourtant eu peu d’écho dans les médias bien qu’il suscita une salve de questions à l’Assemblée nationale. Fruit d’un redécoupage territorial in extremis et scandaleux, ce BC a été dissout depuis 2011 et ses places ont été redistribuées aux deux CPE qui auraient dû les avoir dès l’origine. Ceux-ci ayant généreusement accepté de « passer l’éponge ».

En 2010, une autre Ministre de la Famille, Yolande James, corrige le tir de sa prédécesseur(e) sous la pression du futur et potentiellement dévastateur Rapport du Vérificateur général. Pour éviter les passe-droits, elle adopte une Loi resserrant l'encadrement des services de garde éducatifs à l'enfance qui « vise la mise en place d'un processus d'attribution des places renouvelé, plus rigoureux et plus transparent ». Dans la foulée, elle improvise aussi une Directive sur les activités d'apprentissage religieux qui laisse le milieu perplexe quant à sa mise en oeuvre. Cette Directive avait tout de même l’intention de corriger un oubli de Mme Marois, qui lors de la création des services de garde éducatifs à l’enfance avait omis de les déconfessionnaliser à l’instar du chantier qu’elle portait en parallèle dans les commissions scolaires.

Malgré cette Directive en vigueur depuis maintenant trois ans rien n’a vraiment changé. Dans combien de CPE au Québec et à Montréal en particulier, la porte est-elle encore fermée aux enfants du quartier parce que les places sont réservées pour une communauté culturelle spécifique ? Prenons le cas par exemple de la Place Benoît à Ville Saint-Laurent. Sur carte, les quelque 500 résidants de ce secteur très défavorisé disposent de deux services de garde et de 180 places dans un rayon de 500 mètres. Amplement suffisant ? Dans les faits très peu de places leur sont attribués car les résidants ne sont originaires des communautés qui détiennent ces services de garde. Pourtant, par un simple appel téléphonique à chaque service de garde en se faisant passer pour un parent à la recherche d’une place, la dissuasion pour un motif religieux ou culturel sera ouvertement utilisée. Espérons que la mise en œuvre d’une liste d’attente centralisée, le Guichet unique, mettra de l’ordre dans les critères religieux et culturels de priorisation des places !

En 2010, c’est au tour d’une autre Ministre, celle de l’Immigration et des Communautés culturelles d’annoncer un soutien significatif (180 000$ sur deux ans) au beau projet Femmes immigrantes au travail (FIAT) porté par le Regroupement des centres de la petite enfance de l'île de Montréal (RCPEÎM). Comme le précise le communiqué du gouvernement «d'une part, les femmes immigrantes pourront faire l'apprentissage de la culture en milieu de travail dans les CPE montréalais et ainsi mieux comprendre les particularités de l'intervention. D'autre part, les directions des CPE seront sensibilisées à l'accueil et à l'intégration des éducatrices de toutes origines ». En effet, les CPE, mais aussi les services de garde en milieu familial, sont plus que jamais une belle porte d’entrée sur le marché du travail pour les femmes d’immigration récente mais aussi une porte d’intégration dans la société québécoise. Après les avoir attirées avec une telle stratégie, va-t-on désormais leur expliquer qu’elles devront maintenant se dépouiller des attributs qui constituaient pourtant une richesse ? Dans un contexte de pénurie de personnel et de manque de places en garderie, va-t-on congédier toutes ses femmes qui ne voudront pas laisser tomber le voile pour travailler dans les services de garde ?

En 2012, toujours ce même gouvernement libéral de l’époque lançait un appel de projets pour la création de 15 000 nouvelles places dans les services de gardes subventionnés. Parmi les critères mis de l’avant mentionnons l’accueil des enfants de familles d’immigration récente. Parmi les arguments présentés par les CPE pour démontrer leur capacité d’accueillir ces familles, figurait en première place la composition multiethnique de leurs équipes à l’image de la clientèle ciblée. En 2013, le gouvernement Marois lance un nouvel appel de projets pour 15 000 autres nouvelles places et maintient le même critère d’attraction de l’immigration récente. On peut d’ailleurs se demander ce que penseront les parents « pur laine » lorsque des places seront attribuées en priorité aux familles d’immigration récente ?

En conclusion, les deux gouvernements de la dernière décennie semblent jouer avec une « patate chaude » lorsqu’ils tentent de déconfessionnaliser les services de garde. Lorsque la pratique religieuse est exclue du programme pédagogique le balancier va dans le bon sens. Lorsque le gouvernement ne contrôle pas les critères religieux de priorisation des listes d’attente, il donne un coup d’épée dans l’eau. Quand il cherche à faire disparaître les signes religieux, il se fourvoie.

Pour finir et illustrer avec le regard d’un enfant la présence du voile dans un CPE, je me souviendrais toujours de cette éducatrice remplaçante qui portait un voile bleu ciel assortie avec la couleur de ces chaussures. Vous savez cette célèbre marque de chaussures canadiennes en caoutchouc qui fit fureur il y a quelques années. Le contraste entre la modernité et le conservatisme était frappant. Le soir, mon fils me parle d’une activité qu’il a aimé faire avec elle et pour m’identifier l’éducatrice il me la décrit comme celle qui portait des « Crocs » bleus … Le voile lui était passé totalement inaperçu, la marque de la chaussure elle pas.




[i] Rappelons que les services de garde (CPE ou garderies) sont des corporations autonomes constituées sous la Loi sur les compagnies.

Suivez-nous sur :
Partagez sur :
Share this
Syndication